Le petit mythologue illustré
Des dieux et des hommes
Si l’on vous parle de Perséphone et que vous pensez à un nouveau portable dernière génération, si vous voulez briller en société sans trop d’efforts, cette rubrique est pour vous ! En effet, cet article est le premier d’une longue série qui consistera à parler de la mythologie, ou plutôt des mythologies au pluriel, puisqu’il en existe de toutes sortes et de toutes origines... Dans ce premier chapitre, nous avons souhaité parler de leur utilité en préambule à des abords plus narratifs... A vos lyres, prêt...
La mythologie :
ces récits légendaires qui façonne nos civilisations
...
Une mythologie, qu’est-ce que c’est ? Hé bien, pour faire simple, disons qu’une mythologie, c’est un ensemble plus ou moins homogène de récits légendaires sensé expliquer la naissance du monde et son fonctionnement, naturel ou sociétaire. (Vous avez le droit de recopier cette définition pour une dissertation...)
Pour nos contemporains (c’est-à-dire vous et nous), ces histoires sont parfois difficiles à comprendre car elles sont souvent fragmentées et incohérentes à cause de leurs origines orales. Leurs transcriptions ont été tardives, et les écrits qui sont parvenus jusqu’à nous sont des histoires modifiées pour mieux coller à l’époque où l’on a pris soin de les noter, sur un plan moral ou religieux. Les légendes que nous connaissons sont donc des parties de mythe, dont le restant à parfois tout simplement disparu.
De plus, si vous n’êtes pas historien, certains aspects de leurs origines peuvent vous échapper (pas de
panique, nous sommes là !)
En effet, certaines légendes ont revêtu une plus grande importance au grès des bouleversements politiques et des conflits militaires, voire de la montée galopante de certaines religions.
C’est ainsi par exemple que les dieux de la trinité hindoue (Shiva, Vishnou et Brahmâ), qui étaient au départ des dieux de “second rang” au panthéon des dieux védiques*, ont acquis de l’importance grâce à la percée de différentes sectes, qui ont construit une nouvelle religion sur les bases de l’ancienne.
Il en va de même pour la divinité perse Ahura Mazda, qui devint alors le dieu suprême, reléguant tous les autres dieux de la mythologie du Moyen-Orient au statut d'ange et de serviteurs (le culte des mazdéens préfigurait déjà, 1000 ans avant J.C., un modèle de religion monothéiste...)
* Véda : ensemble de textes sacrés écrits en sanscrit, qui ont servi de recueil de normes légiférant tant sur les rites et les croyances hindoues que sur l'organisation sociale.
Un moyen d’expliquer et de comprendre le monde
...
On retrouve dans toutes les mythologies ce que l’on appelle la « Théogonie » , c’est-à-dire une vision de la création du monde qui se confond souvent avec celle des divinités. Le fait de se référer à des entités comportant une part d’humanité (dans leur morphologie ou leurs comportements ), rassure les êtres pensants que nous sommes et nous donne l’illusion de ne pas venir d’un quelconque néant froid et inaccessible. La question de l’origine se retrouve à tous les plans, y compris individuels.
Cela servit de base pour appréhender des phénomènes alors inexplicables, tel que la pluie, la foudre, les saisons, etc. La mythologie grecque explique ainsi le changement de saison via le mythe de Déméter.
Déméter et les quatre saisons
Déméter, déesse de la nature, en charge de la floraison de tous les végétaux, avait une fille.
Perséphone. Cette dernière était belle au point qu’Hadès , le dieu des morts, souverain des enfers, en tomba amoureux. Sachant que Déméter ne le laisserait jamais épouser sa fille, le sombre souverain demanda l’aide de Zeus, qui la lui refusa, le laissant néanmoins libre de ses actes. Hadès profita du fait que Perséphone jouait loin de sa mère pour l’enlever.
Déméter, inconsolable, abandonna ses prérogatives de déesse pour chercher sa fille. Sur terre, la nature dépéris sait. La déesse de la nature alla voir Hélios, le dieu Soleil, celui qui voit tout et à qui rien n’échappe, qui lui donna le nom du responsable et avoua que le grand Zeus n’avait rien fait pour empêcher l’enlèvement de la jeune Perséphone. Folle de rage, Déméter décréta l’arrivée de l’hiver. Sur terre, les animaux et les hommes se mouraient. Les dieux finirent par se plaindre à Zeus : certains pleuraient la mort des hommes, les autres déploraient le manque d’offrandes qui leur étaient faites. Zeus envoya donc Hermès (le dieu messager) chez Hadès pour réclamer le retour de Perséphone près de sa mère. Si Hadès ne s’y opposa pas, c’est que Perséphone, ayant mangé trois grains de grenades lors de sa captivité, était définitivement liée aux Enfers et à Hadès...
Sur les conseils d’Hermès, Zeus décréta que Perséphone resterait avec sa mère. Cependant, elle devrait passer trois mois par an aux Enfers et devenir l’épouse officielle d’Hadès. Durant ces trois mois de l’année, Déméter est triste : c’est l’hiver. Perséphone revient ensuite et Déméter se réjouit : c’est le printemps. Perséphone et Déméter s’amusent : c’est l’été. Enfin viennent les préparatifs du départ de Perséphone, et Déméter anticipe ce dernier : c’est l’automne.
En Égypte ancienne, l’histoire de Geb et de Nout permet de comprendre la formation des montagnes.
Les amours contrariés de Geb (la terre) et Nout (le ciel)
Mythe égyptien
Geb (la terre) et Nout (le ciel) sont frères et sœurs, mais aussi amants.
Cet amour incestueux déplût à Rê, le dieu Soleil, qui envoya Shou (le vent) séparer les deux amants. Ce dernier ne souffle que le jour, et quand le vent cesse Nout retombe sur Geb : c’est la nuit. Shou sépare à nouveau les amants tous les matins et Geb cherche à rejoindre Nout, ce qui engendre les montagnes. Shou, exaspéré de ne pouvoir séparer les amants de façon définitive, interdit à Nout de mettre au monde ses enfants pendant les 360 jours du calendrier officiel égyptien. Cependant, Thot, le scribe des dieux et souverain du temps, parvint, après une partie de dés endiablée avec la lune à gagner cinq jours supplémentaires. Nout profita de ces cinq jours pour enfanter Osiris, Horus, Seth, Isis et Nephtys.
Ou encore, au Japon, on raconte que les dragons d’eau et les Tengu (génies du feu ayant la forme d’un énorme oiseau rouge) sont des ennemis jurés. Ce sont les dragons d’eau qui aident à la fertilité des cultures alors que les Tengu sont clairement malveillants : ils sont responsables des sécheresses, des incendies et indirectement des famines. Heureusement pour les hommes, les dragons d’eau sortent très souvent vainqueurs de leurs affrontements. Parfois, l’aide des moines Shinto est nécessaire. Ils soignent les dragons d’eau blessés à l’aide d’eau fraîche qu’ils dissimulent dans une cruche placée sous leur large vêtement pour que les Tengu ne les détruisent pas.
Un moyen de comprendre l’Homme
et la Société dans laquelle il vit
...
Une fois son environnement défini et assimilé, l’homme a éprouvé le besoin de se comprendre. Pourquoi ressent-il des émotions ? D’où viennent-elles ? Pourquoi a-il des défauts (pleins) ? D’où viennent ses qualités (spasmodiques) ?
Les dieux mythologiques étaient rarement des êtres parfaits. Ils avaient des défauts et des qualités, éléments dont les Hommes (créations des dieux) ont hérités... ( C'est pas de notre faute ! )
En voici un exemple flagrant, issu de la mythologie grecque, avec la légende de la boîte de Pandore (qui aurait d’ailleurs plutôt dû s’intituler “la légende de la boîte d’Epiméthée”, mais il faut reconnaître que ça sonne moins bien... ). La légende est un peu sexiste, mais on commence à avoir l’habitude :
Pandore était la première femme. Elle fut créée par les dieux de l’Olympe qui voulaient punir Prométhée (celui-ci ayant volé le feu aux dieux pour le donner aux hommes, faisant ainsi du tort à l’humanité). Héphaïstos, le dieu forgeron, modela le corps de Pandore. Aphrodite, déesse de l’amour, lui donna le charme et la sensualité. Athéna, déesse de la sagesse aux combats, lui donna l’intelligence et enfin, Hermès, sous l’impulsion de Zeus, lui donna la curiosité...
Pandore fut offerte à Epiméthée, le frère de Prométhée. Epiméthée possédait une boîte spéciale qu’il ne fallait en aucun cas ouvrir. Malheureusement, un jour où Epiméthée était parti, Pandore, poussée par la curiosité que lui avait fait donner Zeus, ouvrit la boîte, ce qui libéra tous les maux de la terre : guerres, famines, maladies, cupidité, jalousie...
Pandore par Dante Gabriel Rossetti
Enfin, la mythologie a eu comme dernière mission de justifier et d’expliquer la société et ses règles (lois ou ordre social). En effet, la religion avait une telle importance qu’elle était l’outil idéal pour justifier des règles régissant la société et pour donner une légitimité à ceux qui la dirigeaient (Empereurs “célestes” en Chine, pharaons fils de Rê, le dieu Soleil, en Égypte, empereurs descendant tout droit du Soleil au Japon, monarque de droit divin, etc.).
Heimdall est le dieu du Pont Arc-en-ciel qui sépare Midgard, la Terre des hommes, d’Asgard , le Domaine des dieux. Un jour, ce dernier reçut d’Odin, le roi des dieux, l’autorisation de quitter son poste et de se promener sur terre.
Le premier soir, Heimdall s’arrêta devant une vieille cabane, sale et vétuste. Déguisé en mendiant, il réclama asile et hospitalité. Le couple qui vivait là accepta. L’homme et la femme étaient petits, très laids et irrascibles. En revanche, ils étaient robustes et travailleurs. Comme il n’y avait pas de place, Heimdall dû dormir dans le lit du couple avec ces derniers. Le lendemain, Heimdall repartit, et neuf mois plus tard naissait Thral (“cerf, esclave” en langue viking ).
Le deuxième soir, Heimdall s’arrêta devant une maisonnette solide et propre. Elle était habitée par un couple de personnes intelligentes, rusées et douées dans l’art de l’éloquence, mais physiquement faibles. Là encore, Heimdall demanda asile et fut accueilli. Il dormit également avec le couple et parti sans rien dire le matin. Neuf mois plus tard naissait Nal, ce qui veut dire “marchand”.
Le troisième et dernier soir, Heimdall fit halte devant une grande masure richement décorée. Le couple qui l’accueillit était jeune, fort et “habile l'arme à la main, sans défaut ni tache”. Tout se passa comme précédemment... Neuf mois plus tard naissait Jarl, ce qui signifie “seigneur, noble”.
Ainsi, Heimdall, venait de créer les trois classes sociales existantes chez les vikings...
Les mythes & légendes sont nombreux et certains nous ont captivé étant plus jeunes ( beaucoup d’entre nous ont regardé Ulysse 31, pour ne citer que cet exemple...) Malheureusement, nous n’en connaissons souvent que des bribes, apprises en hâte lors de cours d’histoires ou, pour les plus courageux, en cours de latin... rien de bien attractif quoi.
Voilà pourquoi je récidiverais dans ce journal, afin de vous apporter un peu de rêve, de féerie, de magie, le tout de façon ludique, pour une fois.
Odin
(pour les intimes)
article du mois de mai 2009