L'horreur négationniste

Publié le par Angua

Les morts sont-ils morts,
archi-morts ?

 

     Mardi 25 septembre 2007, le président Iranien, Ahmadinejad, est à New-York et donne une conférence dans la prestigieuse Université de Colombia. Ce fervent défenseur des thèses négationnistes avait réuni à Téhéran différents orateurs négationnistes pour une conférence intitulée « Examen de l'holocauste, vision globale », organisée par l'IPIS, l'Institut Iranien pour les étude Politiques et Internationales... Nous nous sommes interrogés sur les origines de ces théories négationnistes et sur leurs dangereux impacts à travers le temps et le monde.

 

La naissance du négationnisme

 

      A la source du fleuve maudit, nous trouvons Paul Rassinier, lui même déporté.



     L
a réflexion de Rassinier sur ce qu'il a vécu va à l'encontre des témoignages recueillis. Tout d'abord, son témoignage, puisque témoignage il y a, est dépourvu de cette "véritable hémorragie d'expression que -selon Robert Anthelme- chacun a connu, écrivain ou non."

Il finira cependant par prendre la parole après avoir fait voeu de silence sur ce sujet. Une parole d'une vocation particulière, puisqu'il s'agit, pour lui, de rétablir ce qu'il estime être la "vérité".

En effet, dans sa première oeuvre, Ligne de passage, en 1947, il explique que les récits sur les camps seraient biaisés par "l'imagination du romancier, les excés de lyrisme du poète, la partialité intéressée du politicien ou les relents de haine de la victime." Cette vision sera reprise par différents néo-fascistes de l'après-guerre, à commencer par Bardèche, à qui la position de spécialiste littéraire offre un bon auditoire.

 

       Rassinier reprendra alors l'image d'Ulysse pour créer le "complexe du mensonge d'Ulysse" ou le héros revenu de ses voyages, cacherait ses années d'errance et de luxure par le récit d'exploits imaginaires.

De même, les déportés, dans leurs récits (qu'il qualifiera plusieurs fois de fantaisistes), se donnerait volontiers des "allures de saints, de héros ou de martyrs".

 

      Au travers d'un argumentaire aussi absurde que paradoxal, Rassinier tente de remettre en cause les victimes en tant que telles, et de mettre au même niveau victimes et bourreaux, liés par la peur et la volonté de survivre au sein d'une hiérarchie étouffante. En réalité, Rassinier crée une fiction de camps utopiques qui a pour but de gérer au mieux la mémoire de cette expérience traumatisante.

 

"Autarcique, cadenassée, sa vision du monde se maintient contre son vécu. [...] La violence qui s'est déchainée sur son corps n'a pas trouvé le moyen de pénétrer dans sa tête. [...]
Rassinier se fait l'apologiste du système qui l'a soumis à la torture, par refus de lui concéder une quelconque originalité."

Alain Finkielkraut, L'avenir d'une négation


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A la libération de Buchewald, les déportés
montrent leur condition...

 


Les autorités universitaires mises en cause...


      Il existe en France des Universités qui offrent des postes à des personnages ambigus. Lyon en est un exemple plus que flagrant, et ce depuis ce que l'on appelle "l'affaire Faurisson".

 

      En janvier 1978, le département de Lettres et de Civilisations classiques et modernes de l'université Lyon II présente le professeur Robert Faurisson en ces termes : "Robert Faurisson, maitre de conférences. Littérature française du XXe siècle. Spécialité : critique de texte et documents, recherche du sens et du contre-sens, du vrai et du faux."

Quatre mois plus tard, le 25 mai 1978, Robert Faurisson distribue à ses étudiants, un polycopié intitulé "Pour une véridique histoire de la seconde guerre mondiale" dans lequel on pouvait lire, entre autre :



"Cette prétendue tentative de génocide et ces prétendues chambres à gaz ne sont qu'une seule et même invention de propagande de guerre. Cette invention est d'origine essentiellement sioniste(...)"

"Hitler n'a jamais donné l'ordre de tuer ne serait-ce qu'un homme en raison de sa race et de sa religion. (...)"

"Le nombre de Juifs exterminés par Hitler (ou victimes du génocide) s'élève heureusement à zéro."

  

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        Les autorités universitaire décidant de ne pas tenir compte de ce "faux pas", ce sera Le Monde qui portera le sujet à un public plus large en publiant une lettre de Robert Faurisson titrée "Le problème des chambres à gaz ou la rumeur d'Auschwitz". La réponse de Primo Levi dans le Corriere della Sera du 03 janvier 1979 sera sans appel. Elle contiendra ces mots prémonitoires qu'aucun journal français n'imprima : "Qu'ont donc fait en France les autorités universitaires et la justice ? Ils ont toléré que vous, niant les morts, vous les tuiez une seconde fois."

 

Mais, Faurisson ne sera pas, hélas, le seul universitaire à choisir Lyon pour propager ses idées. Maîtres de conférences (Bernard Notin, Bernard Lugan) et étudiants aux thèses révisionnistes et antisémites se succédèrent (Henry Roques, en 1986 ou encore Jean Plantin en 1990). Malheureusement, cette liste n'est pas exhaustive et Lyon n'est pas une exception dans le domaine.

 

            Que faut-il penser des universités françaises ? Qu'elles laissent le soin au premier venu d'instruire les petites têtes blondes dont nous faisons partie ou qu'elles considèrent que les idées professorales ne concernent que ceux qui les énumèrent ? Aujourd'hui encore, la justice s'occupe de ces messieurs à l'esprit si large qu'ils refusent de concevoir ce qui est inconcevable, mais bien réel.

 

Aujourd'hui ?

 

       Doit-on apporter une limite à la liberté d’expression en pénalisant les propos contestant la Shoah ?

 

          La France a répondu oui en 1990 par la Loi Gayssot réprimant tout acte raciste, antisémite ou xénophobe et sanctionnant la contestation de l’existence des crimes contre l’humanité. Cette décision n’est pas allée de soi pour la Ligue des Droits de l’Homme qui s’y est d’abord opposée.

Recement, une pétition d'historiens demandait l'abrogation des "lois mémorielles" dont la loi Gayssot fait partie, le parlement ne "devant pas interférer dans l'histoire". Le débat a été également ré-ouvert en Europe, relancé par la présidence allemande de l'Europe.

Le 17 avril dernier, la Commission Européenne a donc  présenté un projet de loi visant à pénaliser les prises de position négationnistes.


       "Il existe des limites à la liberté d'expression. Il ne doit pas être possible en Europe de considérer l'Holocauste comme une chimère, et d'affirmer qu'il n'y a jamais eu six millions de juifs tués", estime Brigitte Zypries, la ministre allemande de la justice.


        Rappelons qu'à la suite de la conférence de 2006 à Téhéran, les dirigeants de différents instituts internationaux de recherche ont suspendus tous contacts avec l'IPIS, l'Institut Iranien pour les études Politiques et Internationales. Une bien faible mesure de protestation, mais une protestation tout de même.

 



Angua
article du mois de novembre 2007

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Publié dans Journal

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