Les péplums

Publié le par Silmaril

Les péplums :
cinéma catastrophe ou catastrophe du cinéma ?



« Une poignée d’hommes contre des milliers de soldats ennemis…
»


Voilà ce que promettait un des derniers péplums en date, à savoir « 300 », réalisé par Zack Snyder, qui conte la bataille héroïque des 300 spartiates du roi Léonidas au défilé des Thermopyles, en 480 avant JC, pour contrer l’invasion de l’Empereur Perse Xerxès Ier en Grèce continentale. Sortit depuis fin septembre en DVD, la bande annonce était alléchante, car en plus du contexte historique plus qu’intéressant, l’esthétique du film se démarque des autres films à l’affiche, alliant acteurs et images de synthèse dans un style qui n’est pas sans rappeler « Sin City », sortit en 2005 et issu d’une BD de Frank Miller, ce même Frank Miller qui a conçu la BD dont est tiré « 300 ». Belle promesse à l’affiche ? Grosse production violente et sans intérêt ? Prouesse visuelle et artistique ? Bafouage de l’histoire ancienne ? Voilà les questions que l’on pouvait se poser avant la sortie de ce dernier rejeton des studios Warner, les mêmes questions qui s’étaient posées en 2000 à la sortie de « Gladiator », ou encore en 2004 à la sortie de « Troie » ainsi qu’ à celle d’ « Alexandre le Grand ». Même question que l’on a put se poser il y a quelques semaines à la sortie de « La dernière légion » de Doug Lefler, énième mise en scène hollywoodienne de la légende arthurienne… enfin d’une certaine vision de la légende arthurienne !

Beaucoup de questions donc mais pourtant, le public a toujours été là, à en juger notamment par les 5 millions d’entrées réalisées rien qu’en France par « Gladiator » ou les 2 millions et demie enregistrées pour « Troie ». Phénomène de mode me direz vous ? Et bien que répondrais que oui, il y a de l’idée… 



Les jupettes à la mode ?


      A peine sortie de l’avant première de « La dernière légion », me voilà en train de tenter de me remémorer un peu les derniers péplums sortis sur nos écrans et de me faire remarquer à moi-même (oui je parle toute seule) que ce type de film semble franchement revenir à la mode ces temps-ci. Si depuis la fameuse Elizabeth  "Cléopâtre" Taylor de 1963, le péplum n’avait plus réalisé de tels succès, cette lacune fut largement comblée par l’arrivée au grand galop sur nos écrans de « Gladiator », en 2000,  remettant au goût du jour les récits palpitants de ces héros de l’antiquité. Un peu à la façon des humanistes à la Renaissance qui percevaient le retour à l’antiquité comme autant de modèles de valeurs pour revenir à un âge d’or révolu, nos cinéastes semblent aussi se plaire à remettre en scène les grands mythes de l’antiquité, les grands personnages de notre passé, les évènements mémorables qui ont marqués nos ancêtres.

         Très inspirés sur le sujet, on constate néanmoins que les réalisateurs (ou devrais-je plutôt évoquer les producteurs ?) semblent moins être animés par un élan humaniste de redécouverte des trésors du passé, que par un fervent désir de distraire le public et surtout de lui montrer que de nos jours, tout est possible sur grand écran, même faire croire qu’Orlando Bloom est un prince troyen qui sait viser avec un arc et jouer la comédie... 

      Il faut déjà avouer que le péplum n’a jamais non plus visé l’éveil de la spiritualité du public, mais plutôt sa distraction, puisqu’à l’origine il s’agissait de films populaires visant à faire rêver des spectateurs qui se reconnaîtrait dans ces personnages légendaires. L’industrie cinématographique semble d’ailleurs obéir à cette règle dans la plupart des genres, mais bon, ce n’est pas le sujet de mes élucubrations d’aujourd’hui.






Des budgets faramineux

pour donner vie aux héros du passé



       R
evenons à nos moutons ou plutôt à nos hommes virils en jupette, jupette qui donne d’ailleurs son nom au genre cinématographique dont je parle ici, puisque les héros portent souvent à l’écran le “péplos”, à savoir la tunique grecque caractéristique des costumes que l’on retrouve dans les premiers films contant les jours anciens. Un des attraits du péplum se trouve d’ailleurs dans ce goût pour les décors, costumes et fastes antiques, qui font rêver par leur exotisme et par l’évocation d’un âge d’or qui parait presque fantastique au spectateur. Les chefs décorateurs et les costumiers s’en donnent alors à cœur joie, rivalisant d’ingéniosité et de maîtrise artistique pour affubler les héros de costumes majestueux conçus avec soin et pour recréer autour d’eux les monuments antiques détruits depuis des siècles mais auxquels la magie du cinéma redonne vie pendant quelques heures. Et c’est avec des équipes artistiques aussi douées que celle de « Gladiator » que le spectateur est émerveillé devant la grandeur de Rome ou encore époustouflé par la puissance du grand Alexandre devant la caméra d’Oliver Stone.

      
       M
ais cette qualité des décors et des costumes ne reflète pas toujours la réalité historique, bien que nous, spectateurs néophytes, puissions être abusés par cette sorcellerie merveilleuse.






Historiens :

fermez les yeux et bouchez vous les oreilles !




        Pour « Alexandre », Oliver Stone a été plébiscité par la critique pour la qualité de ses reconstructions et son respect de l’histoire, certains détails attestant de la précision avec laquelle le réalisateur s’est attaqué à ce monument de l’histoire :  Alexandre est par exemple équipé comme les Romains l’ont dessiné sur la mosaïque pompéienne de la bataille d’Issos, visible au Musée de Naples. On retrouve donc dans ce film un certain respect de l’histoire et de la chronologie, mais un respect qui ne semble pas être une règle d’or du péplum, à en juger par l’adaptation très très libre de l’« Iliade » d’Homère par Wolfang Petersen en 2004 qui enjolive par exemple la romance d’Achille pour le rendre plus sympathique. 

      On remarque aussi, nottament dans les décors et les costumes des péplums sur l’empire romain comme   « Gladiator » (image ci-contre) que la vision que les créateurs ont de cette époque est assez particulière, à savoir qu’ils semblent la percevoir comme une vaste période subissant très peu de changements dans les mœurs, les modes de vie, l’habitat…. On a donc droit à des costumes qui mêlent des périodes différentes mais qui sont toujours très imposants, ainsi que des décors toujours fait de marbre, oubliant l’insalubrité des rues populaires de la cité et la précarité de la vie de certains citoyens. Un conseil, pour vous rendre compte de la vie quotidienne d’un citoyen romain du Ier siècle av. JC,  jetez  plutôt un œil à la très bonne série « Rome », créée en 2005 par John Milius et son équipe américano-britannique très rigoureuse à propos des environnements de l’époque. Ce n’est pas un film mais on peut dire qu’il s’agit d’un des rares péplum respectant l’histoire du mieux possible.


        B
ref, tout ça pour dire qu’esthétiquement, les péplums sont très beaux mais que les reconstitutions
historiques sont à prendre avec des pincettes...
Les historiens ne sont d’ailleurs pas les seuls à devoir oublier leur science : les amateurs de littérature en prennent également pour leur grade face aux adaptations plus que libres de certaines œuvres mythiques, comme on a pu le voir avec l’épopée homérique dans « Troy » de W. Petersen. Les auteurs de l’impressionnant corpus ayant attrait à la légende arthurienne peuvent également suivre leur ancêtre grec au banc des plaignants à la vue de leur légende ô combien manipulée sans égard dans des films comme le « Roi Arthur » en 2004 ou « La dernière légion » en 2007, ce dernier ne cherchant par cette reprise qu’à légitimer une succession de scènes d’actions sans fond ni scénario, sans souffle épique ni fil directeur.


        U
n bien piètre prétexte pour s’attaquer si nonchalamment aux œuvres de Chrétien de Troyes, René Barjavel et autres grands noms de la littérature. Bref, quitte à massacrer l’histoire, pourquoi épargner la littérature historique ?





 

« On m’a tout prit, qu’est-ce qu’il me reste ? »

(Le péplum dans Mémoires d’un péplum mal aimé)






 

        Admettons donc que vous soyez conscient des défauts historiques des péplums, qu’est-ce qu’il vous reste à y apprécier ? Et l’art dans tout ça ? Et bien là où certains viendront me dire que le péplum n’a rien d’artistique, moi je dis non. A mes yeux, un péplum réussit l’est en partie grâce à la mise en image, la beauté des scènes, l’élan épique que la réalisation donne à l’histoire. Car le cinéma n’a pas toujours pour but de vous instruire et de vous cultiver, il sert aussi à divertir et à faire rêver, et sur moi, ça marche !

 

      Le premier atout du péplum est pour moi l’esthétique de l’image, c’est-à-dire l’art de rendre attrayant des sujets qui en réalité ne sont que brutalité et barbarie, complots et trahisons, héros contre tyran, bref, les gentils contre les méchants.  Le film « Gladiator » y va assez fort côté violence des combats (normal, les gladiateurs n’étant pas dans l’arène pour se réciter des poèmes) mais le choix des tons sépia et des couleurs chaudes dans l’image apportent un peu de douceur dans ce monde de brute. Mais le meilleur exemple est le dernier « 300 » qui tire sont épingle du jeu en osant une esthétique volontairement irréaliste, avec des couleurs rappelant les peintures modernes à thème antique, et des jeux de ralentis lors des combats qui permettent d’apprécier la cohérence et la maîtrise militaire de Sparte dans toute sa splendeur. La qualité de la réalisation, du montage et du traitement de l’image sont donc des éléments forts du péplum qui emportent le spectateur au cœur d’un récit rythmé comme seuls les auteurs antiques en ont le secret.




 

Et la symphonie dans tout ça ?




        Une des grandes forces du péplum de ces dernières années est pour moi la musique qui l’accompagne, Hans Zimmer et Lisa Gerrard (grands artistes par ailleurs) ayant fait découvrir à ceux qui ne connaissaient pas Dead Can Dance, et  avec  « Gladiator »,  la tendance symphonique mêlant chants tribals et orchestre classique. Pour « Troie », bien que très critiquée, la musique reste assez efficace, très basique, toujours symphonique, cette fois ci par James Horner, le maître du défunt « Titanic » qui a fait la gloire de sa musique et sa réputation finie de compositeur romantique (mais non James, je t’aime bien moi).

Pour  « 300 », Tyler Bates met la barre plus haut, osant mêler les musiques tribales et la symphonie gladiatoresques à des musiques modernes rappelant le « We will rock you » de Queen (sans parler du générique de fin, qui ne peut être rangé dans aucune autre catégorie musicale que le… rap… et oui, on aura tout entendu !). Cela à l’air barbare, dit comme ça, mais le tout est assez efficace, accompagnant parfaitement les images très stylisées de ce péplum nouvelle génération.


        P
our rester dans le thème de la bande son, je passerais brièvement sur l’aventure - pitoyable - d’« Alexandre le Grand »  ou “le retour de la momie de labo”, à savoir Vangelis, célèbre pour son thème des « Chariots de feu » et aussi pour celui de  « 1492 : Christophe Colomb »… un grand compositeur, je ne le nie pas, mais qui n’a pas su s’adapter à notre époque et qui a fini d’achever le ridicule de ce pauvre Colin Farrell coincé au ralentit en pleine bataille irréaliste sur fond de soleil levant. Bref, la bande sonore peut être un des atouts du péplum, ou bien être l’une de ses épines dans le pied.







Tout est mal qui finit bien…



 

       Histoire malmenée, acteurs moyens, portraits caricaturaux, entreprise commerciale… oui, je l’admet, de nombreux péplums justifient ces critiques et donnent raison à certains pour ne pas mettre les pieds au cinéma afin de voir ce genre de film.


        M
ais à ces griefs je rajoute mes louanges : qualité technique, souffle épique, musique sublime, moment d’évasion et de rêve… c’est pour ces dernières raisons que j’apprécie certains péplums et que je n’hésite à tenter l’aventure dès qu’elle se présente aux portes des salles obscures… pour l’instant je suis restée aux côtés de Léonidas à Sparte avec « 300 » et je me prends parfois à visiter Maximus dans les rangs du Colisée de  « Gladiator »…
Qui sait avec quel héros mythique je voyagerais la prochaine fois…

 

 

 

Silmaril

article du mois de mars 2008

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Publié dans Journal

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